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À retenir :
- Les prescriptions AEAI prévoient la planification de l’évacuation et sa mise en pratique dans les situations définies par la directive 12-15.
- L’entreprise doit prévoir une organisation de sécurité incendie adaptée à son activité et tester son fonctionnement dans des conditions proches de la réalité.
- Il n’existe pas de fréquence annuelle unique applicable de la même manière à toutes les entreprises : la périodicité doit être adaptée aux risques, aux occupants et à l’évolution du site.
- Un exercice utile se prépare en plusieurs étapes : définir les objectifs, planifier, préparer les équipes, observer le déroulement puis débriefer et corriger les écarts.
Introduction
Un exercice d’évacuation, ça prend 30 minutes. Mais ça peut sauver des vies.
En Suisse, la majorité des PME n’ont jamais organisé un seul exercice d’évacuation incendie. Pourtant, les prescriptions AEAI et l’OPA l’imposent dans de nombreux cas – et même là où ce n’est pas formellement obligatoire, l’absence d’exercice peut engager la responsabilité civile de l’employeur en cas de sinistre.
Ce guide vous explique comment organiser vous-même un exercice d’évacuation incendie en entreprise de A à Z : bases légales, fréquences, étapes concrètes, erreurs à éviter et documentation.
L’exercice d’évacuation est-il obligatoire en Suisse ?
Ce que prévoient les prescriptions AEAI
La directive de protection incendie AEAI 12-15 distingue notamment la planification de l’évacuation et la réalisation d’exercices pratiques de sécurité incendie.
Elle prévoit que l’évacuation des bâtiments recevant régulièrement des personnes étrangères à l’entreprise ou des personnes incapables de discernement doit être planifiée, faire l’objet de consignes écrites et être exercée par le personnel.
Dans les bâtiments accueillant un nombre important de personnes, les grands magasins et les bâtiments élevés, l’autorité de protection incendie peut également ordonner des exercices destinés à vérifier le fonctionnement du dispositif.
Plus généralement, la directive prévoit que l’entreprise organise des exercices de sécurité incendie dans des conditions proches de la réalité.
Les exigences précises doivent donc être appréciées selon l’affectation du bâtiment, son occupation, les risques présents et les éventuelles prescriptions cantonales applicables.
Pour une vue d’ensemble du cadre applicable, consultez notre guide sur les obligations légales de sécurité incendie en Suisse.
Quels établissements sont formellement obligés ?
- EMS, hôpitaux, établissements d’accueil (personnes vulnérables ou incapables de discernement)
- Hôtels et hébergements dès 20 personnes hébergées
- Bâtiments recevant régulièrement des personnes extérieures (ERP : commerces, restaurants, salles de spectacle)
- Bâtiments de grande hauteur ou accueillant > 300 personnes dans un local
Quels établissements sont fortement recommandés ?
- PME bureaux et services (< 50 collaborateurs)
- Entrepôts et ateliers
- Tout bâtiment multi-niveaux ou à configuration complexe
L’autorité cantonale (ECA Vaud, police du feu genevoise, etc.) peut ordonner un exercice à tout moment, même pour des établissements non formellement soumis à l’obligation.
Tableau récapitulatif
| Type d’entreprise | Obligation | Fréquence recommandée |
|---|---|---|
| EMS, hôpital, crèche | Obligatoire (AEAI 12-15 ch. 6.3) | 2× par an minimum |
| Hôtel (≥ 20 hébergés) | Obligatoire | 1–2× par an |
| ERP (commerce, restaurant, salle de spectacle) | Obligatoire | 1–2× par an |
| Bâtiment > 300 personnes | Obligatoire | 1–2× par an |
| PME bureaux / services | Fortement recommandé | 1× par an |
| Entrepôt / atelier | Fortement recommandé | 1–2× par an |
| Industrie à risque élevé | Obligatoire selon activité | 2× par an |
Combien de fois par an faut-il faire un exercice d’évacuation ?
Les prescriptions AEAI ne fixent pas, dans leurs dispositions générales sur les exercices, une fréquence universelle de type « une fois par an » applicable à toutes les entreprises.
La périodicité doit être adaptée à la réalité du site.
Il est notamment pertinent de réévaluer la nécessité d’un exercice lorsque :
- l’organisation ou les responsabilités ont changé ;
- de nombreux nouveaux collaborateurs ont rejoint l’entreprise ;
- les locaux ou les cheminements d’évacuation ont été modifiés ;
- les procédures d’urgence ont évolué ;
- un exercice précédent a révélé des difficultés importantes ;
- un incident ou un quasi-incident a mis en évidence une faiblesse de l’organisation ;
- le niveau de risque ou le type d’occupation du bâtiment le justifie.
L’objectif n’est donc pas uniquement de respecter un calendrier, mais de vérifier régulièrement que l’organisation prévue reste connue, applicable et efficace.
Comment organiser un exercice d’évacuation incendie ? Guide étape par étape
Étape 1 – Définir les objectifs de l’exercice
Avant tout, posez-vous la question : que voulez-vous tester ?
Les objectifs les plus courants sont :
- Vérifier que les voies d’évacuation sont praticables et connues
- Mesurer le temps d’évacuation total jusqu’au point de rassemblement
- Évaluer le comportement des guides-file et serre-file
- Identifier les points de blocage (portes difficiles, couloirs encombrés, ascenseurs utilisés par erreur)
- Tester la prise en charge des personnes à mobilité réduite
Un exercice sans objectif défini est un exercice raté. Notez vos objectifs par écrit avant de planifier quoi que ce soit.
Étape 2 – Planifier l’exercice
Avant de lancer l’exercice, vérifiez également que l’organisation et les conditions d’évacuation sont suffisamment maîtrisées. Lorsque les procédures sont anciennes, incomplètes ou que la configuration du site soulève des incertitudes, un audit de sécurité incendie et d’évacuation peut permettre d’identifier les principaux écarts avant la mise en situation.
Choisir la date et l’heure
Deux approches s’opposent, et les deux sont valables :
- Heure de forte activité : teste les conditions réelles (réunions en cours, livraisons, visiteurs présents)
- Heure calme : plus facile à contrôler pour un premier exercice ou après un changement d’équipe
Évitez les périodes de congés où une grande partie du personnel est absente – sauf si vous souhaitez précisément tester le fonctionnement en effectif réduit.
Exercice annoncé ou surprise ?
| Exercice annoncé | Exercice surprise | |
|---|---|---|
| Avantage | Meilleure préparation des équipes, moins de stress | Teste les réflexes réels, plus représentatif |
| Inconvénient | Comportements artificiels, moins révélateur | Risque de panique, à réserver aux équipes déjà formées |
| Recommandé pour | Premier exercice, établissements avec personnes vulnérables | Exercices de contrôle annuels, équipes expérimentées |
Informer les parties prenantes
Avant de déclencher l’alarme, informez :
- La direction et le responsable de sécurité incendie
- Les guides-file et serre-file désignés (même pour un exercice surprise, ils doivent être prévenus)
- Le gestionnaire du bâtiment si vous n’en êtes pas propriétaire
- Les pompiers locaux, si l’exercice est complexe ou si votre alarme est reliée à une centrale de traitement des alarmes (CTA 118) – pour éviter une intervention inutile
Vérifier le plan d’évacuation incendie existant
Avant l’exercice, assurez-vous que :
- Le plan d’évacuation incendie est à jour et affiché aux bons endroits
- Les voies d’évacuation sont dégagées et signalisées
- Le point de rassemblement est défini, connu et accessible
- Les guides-file et serre-file sont désignés pour chaque zone
Cette vérification ne concerne pas seulement l’affichage : cheminements, sorties, responsabilités et organisation doivent rester cohérents. Voir notre guide pour vérifier qu’un plan d’évacuation est à jour et réellement opérationnel.
Étape 3 – Préparer les équipes
Désigner et briefer les guides-file et serre-file
Chaque zone ou étage doit avoir un guide-file (qui mène les occupants vers la sortie) et un serre-file (qui ferme la marche, vérifie que personne ne reste, ferme les portes).
Remettez-leur une fiche de rôle écrite précisant :
- La zone dont ils sont responsables
- L’itinéraire d’évacuation à emprunter
- Le point de rassemblement assigné
- La procédure de comptage
Les guides-files, serre-files et coordinateurs doivent connaître précisément leur rôle avant de pouvoir être évalués lors d’un exercice.
Lorsque ces fonctions ne sont pas encore maîtrisées, il est préférable de commencer par une formation des équipes à l’évacuation avant d’utiliser l’exercice comme outil d’évaluation de l’organisation.
Identifier les personnes nécessitant une assistance
Dressez la liste des collaborateurs à mobilité réduite, des visiteurs réguliers en situation de handicap, et des zones où des personnes pourraient être isolées (salle de réunion insonorisée, atelier bruyant). Désignez une personne responsable de leur prise en charge pour chaque cas.
Préparer les outils de l’exercice
- Chronomètre (ou montre)
- Liste de présence à jour pour le comptage au point de rassemblement
- Grille d’observation pour noter les dysfonctionnements en temps réel
Étape 4 – Dérouler l’exercice
Déclencher l’alarme
Utilisez l’alarme réelle du bâtiment si possible – c’est le signal que les collaborateurs doivent apprendre à reconnaître. Si l’alarme est reliée à une centrale, prévenez-la avant le déclenchement.
Chronométrer
Démarrez le chronométrage dès le déclenchement de l’alarme et relevez les principales étapes : réaction des occupants, sortie des différentes zones, arrivée au point de rassemblement et fin du recensement.
Il n’existe pas de temps d’évacuation universel valable pour tous les bâtiments. La configuration du site, le nombre et le profil des occupants, les distances à parcourir et les procédures mises en place influencent fortement le résultat.
Le chronométrage doit donc surtout servir à identifier les ralentissements, comparer les exercices successifs et vérifier l’efficacité globale de l’organisation, plutôt qu’à chercher à atteindre une valeur générique.
Observer les comportements
Positionnez des observateurs à des points stratégiques :
- À l’origine du déclenchement (comportement du premier témoin simulé)
- Dans les couloirs et escaliers (flux, points de blocage, mauvais réflexes)
- Au point de rassemblement (délai d’arrivée, comptage, organisation)
Notez tout : les personnes qui utilisent l’ascenseur, celles qui rebroussent chemin pour récupérer leurs affaires, les portes coupe-feu maintenues ouvertes, les couloirs encombrés.
Vérifier le comptage au point de rassemblement
Le serre-file de chaque zone remet son décompte au responsable de rassemblement. Tout le monde doit être compté. Si une personne manque à l’appel, la procédure de recherche doit être déclenchée – même en exercice.
Étape 5 – Débriefer et documenter
Réunion de bilan immédiate
Réunissez les guides-file, serre-file et observateurs dans les 30 minutes suivant l’exercice, pendant que les observations sont encore fraîches. Abordez :
- Ce qui a bien fonctionné (à valoriser et à maintenir)
- Les points d’amélioration identifiés (sans chercher des coupables)
- Les actions correctives à mettre en place, avec un responsable et un délai
Consigner dans le registre de sécurité incendie
Après l’exercice, conservez une trace écrite suffisamment précise pour pouvoir suivre les observations et les mesures correctives.
Le compte rendu peut notamment reprendre :
- la date et l’heure ;
- le scénario retenu ;
- les personnes ou zones concernées ;
- les principales étapes et durées observées ;
- les points ayant correctement fonctionné ;
- les difficultés rencontrées ;
- les actions correctives décidées ;
- les personnes responsables de leur mise en œuvre.
Cette documentation facilite le suivi des améliorations et permet de comparer les résultats lors des exercices suivants.
Planifier les actions correctives
Chaque dysfonctionnement identifié doit déboucher sur une action concrète : dégager un couloir encombré, remplacer une signalétique illisible, former à nouveau un guide-file défaillant. Fixez des délais réalistes et vérifiez la mise en œuvre avant le prochain exercice.
Les erreurs fréquentes lors d’un exercice d’évacuation
1. Toujours annoncer l’exercice
Un exercice annoncé est particulièrement utile pour un premier test ou lorsqu’une organisation vient d’être mise en place.
Lorsque les équipes maîtrisent les procédures, un exercice semi-annoncé ou inopiné peut ensuite permettre d’observer des réactions plus spontanées.
Le choix dépend toutefois du type d’établissement, des occupants présents et des risques liés à une mise en situation inattendue. Un exercice surprise ne doit jamais créer lui-même une situation dangereuse.
2. Négliger le comptage au point de rassemblement
L’évacuation ne s’arrête pas quand tout le monde sort du bâtiment. Elle s’arrête quand tout le monde est compté. Sans comptage, vous ne saurez jamais si quelqu’un est resté coincé à l’intérieur.
3. Des guides-file non briefés ou non désignés
Désigner des guides-file sur le papier ne suffit pas. S’ils n’ont pas reçu leur fiche de rôle, s’ils ne connaissent pas l’itinéraire ou s’ils sont absents le jour J, l’exercice révèle une lacune organisationnelle réelle – ce qui est utile, mais évitable avec une bonne préparation.
4. Oublier les personnes à mobilité réduite
C’est l’erreur la plus grave. Dans un exercice réel, une personne en fauteuil roulant au 3e étage sans procédure de prise en charge définie est en danger. Identifiez ces situations avant l’exercice et testez la procédure.
5. Déclencher l’alarme sans prévenir les pompiers
Si votre système d’alarme est relié à une centrale de traitement des alarmes (CTA 118), un déclenchement non signalé peut provoquer une intervention des pompiers. Prévenez toujours le centre de traitement avant de lancer un exercice.
6. Ne pas documenter – ou documenter a posteriori
Un registre rempli de mémoire une semaine après l’exercice n’a aucune valeur probante. Prenez des notes en temps réel, pendant l’exercice, et complétez le registre dans les 24 heures.
Checklist : préparer votre exercice d’évacuation
Utilisez cette liste directement pour votre prochain exercice.
Avant l’exercice
- Objectifs de l’exercice définis par écrit
- Date, heure et type d’exercice (annoncé / surprise) décidés
- Plan d’évacuation incendie vérifié et à jour
- Voies d’évacuation dégagées et signalétique vérifiée
- Point de rassemblement défini et connu de tous
- Guides-file et serre-file désignés et briefés
- Fiches de rôle remises à chaque responsable
- Liste des personnes nécessitant une assistance établie
- Responsable de prise en charge des PMR désigné
- Pompiers ou centrale d’alarme prévenus si nécessaire
- Liste de présence à jour disponible pour le comptage
- Observateurs positionnés aux points stratégiques
- Chronomètre prêt
Pendant l’exercice
- Alarme déclenchée (signal réel si possible)
- Chrono lancé au déclenchement
- Comportements observés et notés en temps réel
- Comptage effectué au point de rassemblement
- Chrono arrêté à la fin du comptage
Après l’exercice
- Réunion de bilan tenue dans les 30 minutes
- Points positifs et axes d’amélioration listés
- Actions correctives définies avec responsable et délai
- Registre de sécurité incendie complété (date, durée, participants, observations)
- Prochain exercice planifié
Dans quels cas faire appel à un prestataire externe ?
Une entreprise disposant d’une organisation simple et de responsables expérimentés peut préparer elle-même certains exercices.
Un accompagnement externe devient particulièrement utile lorsqu’il faut :
- construire un scénario plus complexe ;
- observer l’exercice avec un regard indépendant ;
- coordonner plusieurs services ou intervenants ;
- mesurer précisément différentes phases de l’évacuation ;
- tester des situations particulières : issue indisponible, personne manquante, PMR ou victime fictive ;
- disposer d’un débriefing structuré et d’un rapport avec des actions prioritaires.
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FAQ
L’exercice d’évacuation est-il obligatoire pour toutes les entreprises suisses ?
Les prescriptions AEAI imposent à toute entreprise de prévoir une organisation de protection incendie appropriée et prévoient des exercices de sécurité incendie dans des conditions proches de la réalité.
Elles comportent également des exigences spécifiques de planification et d’exercice de l’évacuation pour certains bâtiments et certaines catégories d’occupants.
Les modalités concrètes dépendent donc du bâtiment, de son utilisation, des personnes présentes et des éventuelles exigences cantonales. Consultez notre page consacrée aux obligations de sécurité incendie en Suisse pour approfondir ce point.
Faut-il prévenir les pompiers avant un exercice d’évacuation ?
Oui, si votre système d’alarme est relié à une centrale de traitement des alarmes (CTA 118). Un déclenchement non signalé peut provoquer une intervention des sapeurs-pompiers. Pour les exercices complexes (simulation de fumée, obstacles), la coordination avec les pompiers locaux est recommandée même si votre alarme n’est pas reliée à une centrale.
Combien de temps dure un exercice d’évacuation ?
L’exercice lui-même dure généralement entre 10 et 20 minutes. Avec la préparation, le déclenchement, le comptage au point de rassemblement et le débriefing immédiat, comptez 45 minutes à 1 heure au total pour un exercice bien conduit.
Qui doit organiser l’exercice d’évacuation dans une entreprise ?
L’organisation relève de la responsabilité de l’exploitant ou de l’employeur et doit être confiée aux personnes compétentes désignées dans l’organisation de sécurité du site.
Lorsque l’établissement dispose d’un chargé de sécurité incendie, celui-ci joue naturellement un rôle important dans la préparation et le suivi de ces mesures.
Faut-il documenter l’exercice d’évacuation ?
Oui, il est fortement conseillé de conserver une trace structurée de chaque exercice : scénario, participants, observations, durées relevées et mesures correctives.
Cette documentation permet surtout de suivre les écarts dans le temps et de vérifier que les améliorations décidées après un exercice ont réellement été mises en œuvre.
Peut-on faire un exercice d’évacuation surprise ?
Oui, et c’est même recommandé une fois que les équipes ont été formées. Un exercice surprise teste les réflexes réels et révèle les lacunes que les exercices annoncés ne montrent pas. Pour un premier exercice ou dans un établissement avec des personnes vulnérables, commencez par un exercice annoncé, puis introduisez des exercices inopinés progressivement.
Sources utiles
- OPA art. 40 al. 2 – Fedlex (RS 832.30) – Texte officiel de l’ordonnance sur la prévention des accidents
- Guide CFST – Instruction des travailleurs en cas d’incendie – Commentaire officiel de l’OPA art. 40 al. 2
- AEAI – Prescriptions de protection incendie (bsvonline.ch) – Directive AEAI 12-15 et prescriptions en vigueur
- Genève – Lois et règlements protection incendie (ge.ch) – LPSSP et règlements d’application




